“Et les autres”, périodique de la fondation Abbé Pierre, avril 2009

December 22, 2010  |   Mis en ligne :   |   sans cat  

Extrait du dossier “Vieillir dignement chez soi”: un privilège ?”

Indispensable solidarité

S’en sortir et rester chez soi…un désir partagé à la ville comme à la campagne. Anne vit en Seine-et-Marne,aux portes de Melun. Jeune retraitée,elle partage depuis un an et demi sa maison avec Rislene,étudiante en Droit. «J’avoue que je n’ai pas eu le choix pour payer les études et le logement de mes deux enfants à Paris et à Troyes,il me fallait augmenter mes revenus. Aujourd’hui,je considère notre expérience de vie commune comme une chance réciproque.» Rislene,20 ans,approuve:« Mes parents me savent en sécurité ici et c’est rassurant aussi pour nous,de vivre côte à côte. » Un tour de clé et un quart d’heure de marche avant de se retrouver à la fac,Rislene apprécie sa chance. « Avant,j’avais 6 heures de transport depuis chez mes parents. J’ai tenu un mois. Puis j’ai cherché une chambre,mais c’était cher. 300 € pour une petite pièce vétuste…Aujourd’hui,pour 100 € de moins,je dispose d’une grande chambre et d’un coin sanitaire. En plus,ici,je me sens chez moi. » Partager son logement pour pouvoir assumer ses charges,de plus en plus de personnes âgées font le pas. Aujourd’hui,« Le Pari Solidaire »a dépassé les 1 000 cohabitations réussies. « En 5 ans,nous avons créé un réseau sur une trentaine de villes. Nous avons une charte et nos jeunes adhérents ne doivent pas seulement chercher « un bon plan ». Il faut qu’ils s’impliquent,il doit y avoir une vraie relation de confiance…N’oublions pas que ça n’est pas vraiment naturel d’ouvrir sa porte à un étranger ! » précise Aude Messéan,la fondatrice.

En adhérant à l’association,un étudiant se loge à Paris dans de très bonnes conditions pour 380 € environ. « Le jeune na aucun service à rendre à la personne âgée,c’est sa présence et un respect mutuel qui sont demandés avant tout. » Cette année,les demandes ont battu les records…Plus de 2000 étudiants se sont inscrits à la dernière rentrée universitaire.

Du particulier au collectif

« La crise du logement,je l’ai connue moi aussi ! Nous ne trouvions pas à nous loger après la guerre et nous avons donc vécu chez mes beaux-parents. C’était loin d’être facile !» Geneviève habite depuis 50 ans l’appartement familial qui donne sur les Batignolles à Paris. A plus de 80 ans,elle a déjà eu plusieurs jeunes filles chez elle. « Ça couvre mes charger et ça m’empêche de vieillir! On partage la cuisine et la salle de bains,c’est moi qui m’adapte car je n’ai pas de contrainte. »Espagnole,installée chez Geneviève depuis octobre dernier,fait des études de traductrice à l’université Paris-Dauphine. . « J’avoue que c’est bien plus chaleureux et confortable qu’une chambre en résidence ! » Pourquoi limiter ce principe du partage et de la convivialité aux particuliers? Sans attendre la moindre incitation gouvernementale,3 bailleurs sociaux d’Ile de France ont sollicité « Le Pari Solidaire »pour créer du lien social auprès de locataires seniors isolés. Installé dans un studio équipé par l’association,chaque jeune rend visite à 3 personnes âgées à proximité,en échange d’un loyer très modeste… une initiative née il y a 3 ans et promise à un bel avenir.