Interview de Makiko YANO, Directrice de l’association LE PARI SOLIDAIRE

 

La Rédaction :

Pouvez-vous présenter l’association en quelques mots à nos lecteurs ?

Makiko YANO :

Le Pari Solidaire est une association reconnue d’intérêt général fondée en 2004, pionnière du concept de cohabitation intergénérationnelle en France. Elle a ensuite diversifié ses activités, en partenariat avec les bailleurs sociaux et les villes pour mettre en place des « habitats intergénérationnels » dans les résidences sociales ou les résidences autonomies seniors.
Quelques soient les programmes, notre volonté fondatrice est la même : proposer des logements à des jeunes, lutter contre l’isolement social des seniors et rapprocher les générations. Nous sommes convaincus qu’il est important d’être au contact de la jeunesse tout au long de sa vie et que toute jeunesse, a, au fond, envie de contribuer à la société et aux autres d’une manière ou d’une autre.

 

La Rédaction :

L’intergénérationnel est à la « mode », comment pourriez-vous définir ce concept ?

Makiko YANO :

La cohabitation intergénérationnelle consiste à proposer à un jeune entre 18 et 30 ans de cohabiter avec un senior à partir de 50 ans, seul(e) ou en couple, qui aurait une chambre disponible sous son toit. La sélection du jeune et du senior est très importante. De la qualité de cette étape et du choix de la mise en relation, dépend la réussite de la cohabitation. Il ne suffit pas de mettre 2 générations sous un même toit pour que cela fonctionne, il est important qu’une structure puisse suivre le projet et la cohabitation. Tout programme intergénérationnel doit être fondé sur un principe : gagnant-gagnant et donnant-donnant.

 

La Rédaction :

Quel est le périmètre d’intervention de votre association ?

Makiko YANO :

Nous agissons à Paris et Ile de France.

 

La Rédaction :

Cette rencontre des seniors et des jeunes/ étudiants, n’est-elle pas un peu conjoncturelle ?

Makiko YANO :

Au départ, elle a une cause conjoncturelle : une grande tension locative pour les jeunes étudiants notamment à Paris et la catastrophe sanitaire qu’a représentée la canicule de l’été 2003 pour les personnes âgées. De ces 2 constats, l’idée pragmatique de valoriser la solidarité entre ces 2 générations nous est venue. Puis petit à petit, la mise en valeur de cette solidarité est devenue une véritable feuille de route. Nous avons réalisé, depuis plus de 10 ans, 3500 cohabitations.

 

La Rédaction :

Comment l’association intervient-elle dans la mise en relation Senior Etudiant par exemple ?

Makiko YANO :

Nous sélectionnons le jeune sur dossier de candidature puis entretien d’évaluation. Nous vérifions ses motivations et son aptitude à cohabiter avec un senior. De même, nous validons le dossier du senior par une visite à son domicile pour le rencontrer directement et visiter la chambre mise à disposition au jeune. Nous vérifions la conformité de la chambre ainsi que l’esprit convivial et solidaire du senior pour l’accueil d’un jeune. Lorsque les dossiers sont validés, nous mettons ensuite en relation 2 profils qui semblent les plus compatibles pour une cohabitation harmonieuse.

 

La Rédaction :

Comment allez-vous vous assurer que le « couple » va bien fonctionner ?

Makiko YANO :

Nous assurons le suivi de la cohabitation tout au long de l’année. L’adhésion au Pari Solidaire a cette utilité. Ce suivi est essentiel pour accompagner le jeune ou le senior en cas de difficulté qui apparaitrait en cours d’année. Nous procédons à une ou plusieurs conciliations auprès du binôme jeune/senior. Il est également possible de rompre la convention d’hébergement.

 

La Rédaction :

Du coté Senior comme Etudiant, c’est le résultat une démarche spontanée via une prise de contact avec l’association ?

Makiko YANO :

Il s’agit majoritairement d’une démarche directe de la part du senior et du jeune. Il arrive aussi que cela soient les parents du jeune ou les enfants du senior qui nous contactent. Mais ils sont parfois plus motivés que leur enfant ou parent. Nous vérifions alors systématiquement que le jeune ou le senior lui-même, exprime bien une volonté réelle de cohabiter, car ce sont eux, avant tout, les acteurs principaux de la cohabitation et de sa réussite.

 

La Rédaction :

Combien de mises en relations opérez-vous chaque année ?

Makiko YANO :

Nous effectuons plus de 350 cohabitations par an à Paris /IDF. Nous avons également 30 jeunes dans nos projets d’habitat intergénérationnel qui créent un lien avec près de 200 seniors. Nous avons en tout, 700 bénéficiaires de nos actions.

 

La Rédaction :

Au final pour un étudiant faisant ses études ou un stage à Paris, combien cela va-t-il lui couter chaque mois pour disposer d’un logement ?

Makiko YANO :

Dans la formule conviviale, en cohabitation, où le jeune paie une indemnité financière d’occupation mensuelle, l’indemnité est en moyenne 350/400 euros par mois, toutes charges comprises et aides au logement possibles. Dans les habitats intergénérationnels, le jeune accède à des logements dont le loyer varie de 90 euros à 350 euros. Dans toutes nos formules, nous veillons à ce que les loyers soient à des tarifs solidaires. De nombreux jeunes doivent renoncer à leurs études faute de trouver un logement à Paris/IDF notamment. Permettre à des jeunes de pouvoir faire les études qu’ils souhaitent, en levant le frein que représente le logement est important pour nous. Un logement solidaire tout en créant des liens conviviaux entre les générations, telle est notre idée.

 

La Rédaction :

Et pour le senior, quel avantage complémentaire va-t-il tirer de ce « deal » ?

Makiko YANO :

Les bénéfices sont multiples : une présence pour discuter, partager, avoir un lien quotidien et ne pas être isolé, un maintien à domicile avec plus de sécurité, la possibilité d’encourager ou de soutenir un jeune dans ses projets, donnant ainsi sens et une valorisation à sa propre vie, la transmission de connaissances ou d’expériences, un complément de revenu. Créer un lien avec les autres, avoir des objectifs, continuer à découvrir et à apprendre de nouvelles choses, sont des aspects essentiels à maintenir jusqu’à la fin de la vie. Nous pouvons soit considérer que la vieillesse est une période où nous nous remémorons uniquement nos souvenirs soit en faire la période la plus dorée de la vie. Notre volonté est de mettre en valeur toutes les périodes de la vie et de montrer la richesse unique de chacune d’elles.

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